Plagier, c'est tricher !

On te retire ta thèse, tu perds ton émission sur Radio France.
D'accord, y'a plagiat, plagier, c'est tricher, mais tu ne serais que ce que tu as fait en 99 et pas ce que tu fais depuis ?
 
LinkedIn et Facebook regorgent de posts tous plus bienveillants les uns que les autres, qui nous expliquent que les soft skills sont importants, voire bien plus importants que des compétences, que l'on finit toujours par acquérir et que les diplômes. Que les études et les morceaux de papiers ne définissent pas qui nous sommes. C'est pas faux ! (Alexandre Astier) Et pourtant...
 
Etienne Klein est l'un des meilleurs vulgarisateurs scientifiques français et son émission La conversation scientifique est un rendez-vous précieux pour ceux qui, comme moi, ont du mal à comprendre que 2+2=4, alors la physique quantique...
J'aime beaucoup cette formule qui consiste à dire : "On est ce que l'on fait, on fait ce que l'on est" (Pour ne pas devenir plagiaire à mon tour, je l'ai piquée à Guillaume Attias, bien qu'elle ne soit pas vraiment de lui non plus). 
 
Charles Pépin a d'ailleurs répondu à cette épineuse question de "Est-on ce que l'on est ce que l'on fait ? Ou est-ce que l'on fait ce que l'on est ?" en 2023 sur France Inter. Il termine sa chronique en disant :
"Ne perdez pas trop de temps à vous demander ce que vous êtes, à vous interroger sur la nature profonde du noyau insécable de votre être, mais demandez ce que vous faites, ce que vous avez fait hier, ce que vous faites aujourd’hui et ce que vous allez faire demain pour empêcher que le monde ne se défasse."
Qu'Étienne Klein ait été plagié sa thèse, c'est indéniable. Il l'a d'ailleurs reconnu. Qu'il ait malgré tout reçu les félicitations du jury l'est aussi. Que l'université lui retire sa thèse et lui empêche de se réinscrire ? Compréhensible. Même si bon... Il y avait un indice : sa thèse portait sur la quête de l'unité en physique. Plusieurs plagiats, une seule thèse : quête réussie, non ? En revanche, lui retirer son émission pour des faits remontants aux années 90, c'est faire fi de toute sa carrière et de tout ce qu'il a apporté depuis à la science et à la philosophie. 
 
C'est considérer que toutes ses qualités et ses compétences ont disparu et que vos erreurs passées définissent celui que vous êtes aujourd’hui.
Et c'est d'autant plus saillant quand LinkedIn affiche à longueur de fil des posts et des articles générés grâce à l'IA sans en avoir écrit la moindre lettre, pillant tout ce qui est en ligne sur internet pour le reformuler.
 
Bon, c'est le jeu : il a triché, il s'est fait piquer. Et deux camps s'affrontent, ceux attachés à la rigueur scientifique, qui veulent sa tête, et ceux attachés à l'homme, qui le défendent mordicus. En réalité, il y a un troisième camp, très discret : ceux qui espèrent, en transpirant de la nuque, qu'on ne va pas aller exhumer leurs thèses ou leurs mémoires de fin d'études... 
 
Alors, faut-il séparer l'œuvre de l'artiste ? Vaste question. Heureusement pour lui, il lui reste son célèbre bleu !
 
 

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